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Conservation des factures : Article L102 B LPF et arrêté du 22 mars 2017

May 19, 2026

L'Article L102 B du Livre des Procédures Fiscales impose aux entreprises une obligation de conservation de 10 ans pour l'ensemble des factures et documents comptables. Ces pièces justificatives doivent rester lisibles et accessibles à l'administration fiscale pendant toute cette durée. Depuis 2017, la conservation numérique est autorisée sous conditions, conformément à l'arrêté du 22 mars 2017 (BOI-CF-COM-10-10-30-10). En cas de défaut de production lors d'un contrôle fiscal, l'entreprise s'expose à une amende égale à 50 % du montant des transactions concernées.

Ce qu'exige l'Article L102 B du LPF

L'Article L102 B du Livre des Procédures Fiscales constitue le socle législatif de l'obligation de conservation des documents comptables en France. Il impose à toute personne assujettie à des obligations fiscales de conserver l'ensemble des livres, registres, documents et pièces justificatives sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration fiscale.

L'Article L123-22 du Code de commerce fixe à six ans le délai de conservation des livres comptables. L'Article L102 B du LPF porte cette durée à 10 ans pour les documents relatifs aux opérations soumises à la TVA, aux impôts sur les bénéfices et aux taxes assises sur le chiffre d'affaires. En pratique, la quasi-totalité des factures commerciales relève de cette obligation étendue.

L'Article 286 du Code Général des Impôts (CGI) vient compléter ce dispositif en précisant les modalités de tenue et de conservation des registres pour les assujettis à la TVA. Ces textes forment un cadre cohérent que toute entreprise doit respecter, quelle que soit sa taille ou son secteur d'activité. L'obligation s'applique aussi bien aux sociétés commerciales qu'aux professions libérales, associations soumises à la TVA et entrepreneurs individuels.

10 ans pour quoi : factures, livres, FEC

L'obligation de conservation porte sur un périmètre documentaire plus large qu'on ne le suppose souvent. Sont notamment visés :

  • Les factures d'achat et de vente, y compris les avoirs et les factures rectificatives ;
  • Les livres comptables obligatoires : journal général, grand livre, livre d'inventaire ;
  • Le Fichier des Écritures Comptables (FEC), fichier numérique structuré exigé lors de tout contrôle fiscal portant sur une comptabilité informatisée ;
  • Les bons de commande, bons de livraison et tout document justifiant une transaction commerciale ;
  • Les contrats ayant une incidence fiscale directe ;
  • Les relevés bancaires et états de rapprochement ;
  • Les déclarations de TVA et leurs annexes ;
  • Les documents douaniers pour les entreprises importatrices ou exportatrices.

Le FEC mérite une attention particulière. Depuis l'entrée en vigueur de l'obligation en 2014, les entreprises tenant une comptabilité informatisée doivent pouvoir le produire à première demande lors d'une vérification de comptabilité. Sa conservation pendant 10 ans s'impose avec la même rigueur que celle des factures sous-jacentes. L'absence de FEC ou un FEC incomplet expose l'entreprise à une amende spécifique de 5.000 EUR par exercice concerné.

Point de départ du délai (clôture exercice)

Le point de départ du délai de 10 ans ne correspond pas à la date d'émission du document, mais à la date de clôture de l'exercice comptable au cours duquel l'opération a été enregistrée. Cette distinction a des conséquences concrètes pour la gestion des archives.

Une facture émise en janvier 2016 et enregistrée sur l'exercice clos le 31 décembre 2016 devra être conservée jusqu'au 31 décembre 2026 au minimum. En revanche, une facture de décembre 2015 rattachée à l'exercice 2015 clos le 31 décembre 2015 pourra être détruite à compter du 1er janvier 2026, sous réserve qu'aucun litige ou procédure en cours ne justifie un maintien plus long.

En cas de contrôle fiscal, l'administration dispose d'un délai de reprise général de trois ans pour les impôts directs et la TVA. Ce délai peut s'étendre à six ans en cas de manquements délibérés, et à 10 ans en cas de fraude avérée ou d'activité occulte. L'obligation de conservation à 10 ans s'aligne précisément sur ces délais maximaux de prescription, offrant ainsi une cohérence entre le droit de reprise et l'obligation documentaire.

Conservation numérique : arrêté du 22 mars 2017

Avant 2017, la numérisation de factures originellement papier ne bénéficiait d'aucune base légale suffisante pour lui conférer la valeur probante d'un original aux yeux de l'administration fiscale. L'arrêté du 22 mars 2017 a modifié cette situation en autorisant la numérisation des factures papier à des fins fiscales, sous réserve du respect d'un protocole technique précis, détaillé dans le BOI-CF-COM-10-10-30-10.

Les conditions posées par ce dispositif sont les suivantes :

  • La numérisation doit garantir la reproduction à l'identique du document original, notamment en termes de couleurs, lisibilité et proportions ;
  • Le fichier numérique doit être au format PDF ou PDF/A, les formats propriétaires modifiables étant exclus ;
  • L'image numérisée doit être assortie d'une empreinte numérique calculée par une fonction de hachage de type SHA-256 ou supérieur ;
  • Le fichier doit faire l'objet d'un horodatage ;
  • L'ensemble du processus de numérisation doit être encadré par un plan d'assurance qualité (PAQ) documenté.

Ces exigences s'inspirent directement de la norme NF Z42-013, qui encadre l'archivage électronique à valeur probante en France. Le respect de ce référentiel technique est déterminant pour qu'une copie numérique puisse se substituer à l'original papier lors d'un contrôle.

Original papier vs copie numérique : valeur probante

La valeur probante d'un document numérisé dépend du respect ou non des conditions fixées par l'arrêté du 22 mars 2017. Lorsque la numérisation est réalisée conformément aux exigences techniques, la copie numérique acquiert la même valeur probante que l'original papier, et ce dernier peut légalement être détruit. L'administration fiscale ne peut alors pas reprocher à l'entreprise de ne plus détenir le document physique.

En revanche, une simple photographie prise avec un téléphone ou un scan sans garantie d'intégrité ne satisfait pas aux conditions requises. L'original papier doit dans ce cas être conservé pendant toute la durée légale. La numérisation de confort, très répandue dans les petites structures, ne dispense donc pas de l'archivage physique si elle n'est pas conforme au dispositif réglementaire.

Pour les factures nativement électroniques, la situation diffère. Si la facture a été émise et reçue sous format électronique (EDI fiscal, PDF signé avec signature qualifiée), elle constitue un original électronique. Elle doit être conservée dans un format garantissant son intégrité, sans qu'un retour au papier soit nécessaire ni utile. La facturation électronique obligatoire, dont le calendrier de déploiement se poursuit en 2026, renforcera encore davantage les exigences sur ce point.

Sanctions et redressements fiscaux

Le non-respect de l'obligation de conservation expose l'entreprise à des sanctions financières significatives. L'Article 1734 du CGI prévoit une amende de 10.000 EUR par exercice en cas d'absence de comptabilité ou de pièces comptables. L'Article 1737 du CGI prévoit quant à lui la sanction la plus sévère : une amende égale à 50 % du montant de la transaction en cas de factures manquantes, incomplètes ou ne respectant pas les mentions obligatoires fixées par l'Article 289 du CGI.

Lors d'une vérification de comptabilité, si l'entreprise ne peut produire une facture justifiant une déduction de TVA ou une charge déductible, le vérificateur remet en cause la déductibilité de cette dépense. Le redressement porte alors sur la TVA indûment déduite, majorée des intérêts de retard de 0,20 % par mois et, le cas échéant, des pénalités pour manquement délibéré (40 %) ou mauvaise foi (10 %).

Au-delà des sanctions pécuniaires, l'absence de documentation peut conduire à un rejet de comptabilité, exposant l'entreprise à une procédure de taxation d'office. Dans ce cadre, c'est à l'entreprise de prouver le bien-fondé des montants déclarés, ce qui inverse la charge de la preuve de manière particulièrement défavorable.

Solutions de GED conformes à l'arrêté 2017

Plusieurs solutions de gestion électronique de documents (GED) et d'archivage permettent de répondre aux exigences de l'arrêté du 22 mars 2017 et du BOI-CF-COM-10-10-30-10. Le choix d'un outil dépend de la taille de l'entreprise, du volume documentaire et des processus déjà en place.

Doxis (SER Group) est une plateforme de gestion de contenu d'entreprise destinée aux grandes organisations. Elle intègre des fonctionnalités d'archivage à valeur probante, de workflow documentaire et de suivi de la conformité. Son déploiement nécessite un accompagnement technique spécialisé.

Open Bee est une solution française de dématérialisation et d'archivage électronique certifiée NF Z42-013. Elle s'adresse aux entreprises de taille intermédiaire et propose une offre cloud sécurisée avec des garanties d'intégrité et d'horodatage conformes à la réglementation fiscale.

NumeriPro propose un service d'archivage numérique conforme aux exigences fiscales, accessible aux PME souhaitant externaliser leur archivage sans investissement en infrastructure propre.

Pennylane est un logiciel de comptabilité et de gestion financière qui intègre un module de conservation des justificatifs. Il convient aux TPE et PME souhaitant centraliser leur comptabilité et l'archivage de leurs factures dans un seul environnement.

Sage Archivage est le module d'archivage électronique proposé dans l'écosystème Sage, largement déployé en France. Il s'intègre nativement aux logiciels de comptabilité Sage et permet de conserver les documents dans le respect des obligations légales.

Lido propose une solution d'automatisation comptable accessible à partir de 29 USD par mois, avec capture automatique des factures, intégration aux outils comptables existants et conservation des justificatifs dans le respect des exigences fiscales. Sa prise en main rapide en fait une option adaptée aux structures souhaitant automatiser leurs processus sans configuration longue ni ressources techniques dédiées.

Migration vers archivage électronique : étapes

La transition vers un archivage électronique conforme ne s'improvise pas. Les étapes suivantes permettent de structurer le projet.

Audit documentaire. Dressez un inventaire de vos flux documentaires entrants et sortants. Identifiez les types de documents concernés, leurs volumes annuels et leurs formats actuels (papier, PDF, EDI).

Rédaction du plan d'assurance qualité (PAQ). Ce document décrit les procédures de numérisation, les formats retenus, les contrôles qualité à effectuer, les responsabilités de chaque intervenant et les modalités de traçabilité. Il est expressément requis par l'arrêté du 22 mars 2017.

Choix de la solution technique. Sélectionnez un outil ou un prestataire garantissant l'intégrité des fichiers (hachage, horodatage), leur lisibilité dans le temps et leur accessibilité rapide en cas de contrôle. Vérifiez la conformité à la norme NF Z42-013 si vous souhaitez un niveau de garantie maximal.

Paramétrage et intégration. Connectez la solution d'archivage à votre logiciel de comptabilité, à votre ERP ou à votre messagerie professionnelle pour automatiser la capture des documents à la source.

Formation des équipes. Les personnes en charge de la numérisation et de l'archivage doivent connaître les exigences du PAQ et les procédures à respecter pour chaque type de document. Une erreur de procédure suffit à remettre en cause la valeur probante d'un fichier.

Test et validation. Avant de généraliser le dispositif, testez-le sur un échantillon représentatif de documents et vérifiez que les fichiers produits respectent les spécifications techniques requises.

Destruction contrôlée des originaux papier. Une fois la conformité vérifiée et documentée, les originaux papier peuvent être détruits selon une procédure traçable, permettant de prouver ultérieurement que la destruction a eu lieu après numérisation conforme.

Questions fréquentes

Les micro-entrepreneurs sont-ils soumis à l'obligation de 10 ans ?

Oui. L'Article L102 B du LPF s'applique à toutes les personnes physiques et morales soumises à des obligations fiscales, y compris les micro-entrepreneurs. Ces derniers doivent conserver leurs factures et justificatifs pendant 10 ans, même si leur comptabilité simplifiée se limite à un livre de recettes et un registre des achats.

Le délai de 10 ans court-il à partir de la date de la facture ou de la clôture de l'exercice ?

Le délai part de la date de clôture de l'exercice au cours duquel l'opération a été enregistrée, et non de la date d'émission de la facture. Une facture de mars 2020 enregistrée sur l'exercice clos le 31 décembre 2020 devra être conservée jusqu'au 31 décembre 2030 au moins.

Peut-on tout numériser et détruire les originaux papier ?

Oui, à la condition que la numérisation respecte strictement les exigences de l'arrêté du 22 mars 2017 : format PDF ou PDF/A, hachage SHA-256 minimum, horodatage et plan d'assurance qualité documenté. Sans ces garanties techniques, l'original papier doit être conservé pendant toute la durée légale.

Quelles sont les sanctions concrètes en cas de factures manquantes lors d'un contrôle ?

L'administration peut remettre en cause la déductibilité des charges et de la TVA correspondantes, appliquer une amende pouvant atteindre 50 % du montant de la transaction en vertu de l'Article 1737 du CGI, et majorer les sommes redressées d'intérêts de retard de 0,20 % par mois. En cas de manquement délibéré, la majoration atteint 40 % des droits rappelés.

Le RGPD peut-il entrer en contradiction avec l'obligation de conservation de 10 ans ?

Non, à condition de traiter ces deux obligations de manière distincte. Le RGPD autorise la conservation de données personnelles au-delà de la durée initiale de traitement lorsqu'une obligation légale l'impose. L'obligation fiscale de 10 ans constitue précisément une telle base légale. Les données conservées à des fins d'archivage fiscal doivent cependant faire l'objet de mesures de sécurité adaptées et ne pas être réutilisées à d'autres fins sans base légale distincte.

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